|
|
|||||||||
-
The revolution continues, un après-midi à The Saatchi Gallery - 04-01-2009
En passant dans King's Road dimanche, je m'étais dit qu'il fallait tout de même que je file visiter les nouveaux espaces d'exposition de la galerie Saatchi. Le bâtiment, imposant monument au fronton néoclassique, est l'ancien "quartier général du Duc d'York", en fait d'anciennes casernes militaires. Le dépouillement des lignes de cet ancien bâtiment militaire vont parfaitement - et c'est bien trouvé - au caractère bien froid des salles blanches où l'on expose de l'art contemporain. Cela colle d'autant plus que les espaces intérieurs sont magnifiquement aménagés : il n'y a rien. La galerie est une succession de salles globalement identiques les unes aux autres en volume, forme et luminosité. Une sensation renforcée a fortiori par la blancheur de ces salles qui sont principalement vides (nous ne tiendrons pas compte ici ni du volume des visiteurs - pas si nombreux que ça face aux hordes bambines du Natural History Museum - ni de celui des oeuvres qui atteignent pourtant des proportions colossales). L'espace est donc clair, chaud (plus chaud que dehors), compréhensible, voire accueillant. Un joli parquet de bois brut recouvre le sol. Ca craque. Les oeuvres sont "offertes" au public sans filet, sans protection, sans barrière visuelle. Des petits panneaux indiquent qu'il faut bien tenir ses enfants près de soi. Il y en a pas mal d'ailleurs. Ils sont plutôt calmes. Ouf. Porter l'art au plus grand nombre oui mais pas aux plus petits.
Zhang Huan, Seeds, 2007
Incense ash, charcoal and resin on canvas, 250 x 500 cm
(avec la belle déformation de la lentille de mon appareil photo)
Cang Xin, Communication, 2006
Life-size sculpture, silica gel
Dans les salles, deux hommes de cire sont couchés sur le sol. Plutôt un homme et un ange. Tous les gamins se couchent et rampent sur le sol pour voir essayer de voir leurs visages, c'est assez drôle. L'homme est une oeuvre de Cang Xin - se représentant - et l'ange une effrayante sculpture de Sun Yuan et Peng Yu. Cang Xin, couché à plat-ventre sur le "joli parquet de bois brut", lèche le sol. Ses bras sont écartés, les jambes sont droites. La sculpture s'appelle Communication. Il "communique" avec l'endroit via sa langue, "one of the most intimate and sensitive parts of the body". L'ange de Sun Yuan et Peng Yu est bien plus désagréable à regarder. Une vieillard tombé du ciel. Cheveux gris épars sur le sol comme une terne auréole mouillée, les jambes veinées de bleu, la peau marquée de tâches de vieillesse, éclaté là, par terre, dans une robe blanche immaculée. Deux ailes monstrueuses, ergots de poulets plumés, gigantesques, lui sortent du dos. C'est une chimère, un monstre plus qu'un ange, un gros oisillon tombé du nid céleste qui a tristement fait "splash" sur le sol de notre humanité. Ca rappelle sur un autre ton le pape écrasé par une météorite de Maurizio Cattelan. Les mêmes Sun Yuan et Peng Yu ont mis en scène la véritable attraction de la galerie : une douzaine de vieillards en fauteuils roulants motorisés et automatisés qui évoluent lentement dans une grande salle du sous-sol. Chaque vieillard, grabataire, rabaissé, rabougri et impotent, en uniforme national pourrait être tel dictateur ou tel président. On pourrait reconnaitre des Arabes, des Sud-américains, des Européens. La scène est mi-macabre mi-hilarante. Les fauteuils qui manquent à chaque fois de s'entrechoquer rappellent la stupidité et l'aléatoire des guerres lancées par ces horribles bonshommes.
Sun Yuan and Peng Yu, Angel, 2008
life-siwe sculpture in fibre-reinforced polymer and silica gel
Yun Minjun, Untitled, 2005
Oil on canvas, 220 x 200 cm.
Il y aurait beaucoup à dire sur les 24 artistes de l'exposition. J'en avais déjà vu certains à Jérusalem pour l'exposition Made in China au Musée d'Israël. J'ai beaucoup aimé retrouver Fang Lijun qui peint sur des rouleaux de papier démesurément grands. Il faut trois, quatre, six rouleaux juxtaposés pour composer ses tableaux d'hommes qui ploient tous sous la masse. Une masse d'eau - un nageur lutte dans l'onde -, une masse d'oiseaux à l'aspect de virgules qui s'abat, lourde, sur le dos d'un homme courbé; fuyqnt, puis une figure tourmentée qui s'élève d'une mer d'autres têtes tourmentées. Lui comme tant d'autres tire son inspiration, sa critique, son engagement, des conséquences de la révolution culturelle, de Tienanmen, de l'histoire de la Chine moderne. Le rouleau de papier et des calligraphies viennent néanmoins rappeler la Chine ancienne, celle des Song, lis-je un peu plus loin. Le célèbre Zhang Xiaogang nous montre aussi à travers ces familles sans chaleur, ces visages interchangeables, ce général sans pantalon, le difficile rapport entre soi et l'autre, l'individu et la masse , la réalité et la doctrine. J'avais aimé une de ses peintures à Jérusalem où les trois bustes d'une famille d'un père, d'une mère et d'une fille, aux visages froidement identiques sous leurs casquettes ou leurs nattes, étaient finement reliés l'un à l'autre par un étroit fil rouge qu'il fallait bien chercher dans la peinture. Fil rouge que l'on retrouve ici.
Zhang Xiogang, Untitled, 2006
Oil on canvas, 200 x 260 cm.
Zhang Dali, Chinese Offspring, 2003-2005
Mixed media, 15 life-size cast figures
Que dire ? Un mélange de pop art, d'engagement, de fraîcheur. Un peu de vieux papier pour les calligraphies, de résine, de métal, de cendres même. Les oeuvres sont suffisament bien choisies pour faire passer différents message à travers plusieurs media. Je suis surpris par la taille des oeuvres. Ce sont toutes de très grands formats, à l'exception d'un boîte de Quaker Oats où le quaker a été redessiné en Mao. Effectivement, la plupart des thèmes sont issus du répertoire de la critique politique. L'uniforme, le paysan, l'enfant unique, la doctrine, le livre rouge, la propagande sont les sujets rebattus. Mais l'individu en quête de bonheur, le sexe, l'âme (voir les tableaux de cendres d'encens de Zhang Huan), la consommation et l'élan de la nouvelle Chine trouvent aussi leur place. C'est un art chinois principalement centré sur la Chine et ses figures - est-ce surprenant ?. Il faut donc y être sensible. L'histoire ou l'histoire de l'art "occidentales" sont détournées et remaniées pour rentrer dans ce cadre. Cela me rappelle les discussions avec mon colocataire chinois de Queensway. Je découvrai alors qu'on pouvait placer la Chine au centre de tout un monde, que la Chine même était un monde en soi. Ce qu'on voit dans The Revolution Continues et ce que j'avais découvert avec Richie c'est qu'il existe un sino-centrisme aussi fort que notre "occidentalocentrisme" (je sais, le mot est horrible). La Chine est bien au centre d'un monde, c'est bien une civilisation vivante et remuante, dont il faut bien se mettre dans la tête qu'elle existe à côté de "nous". Elle n'est pas autarcique - il suffit de voir le considérable tribut de son art contemporain à l'histoire de l'art occidental - et nous ne le sommes pas non plus, mais quelle force, quelle ingéniosité, quelle fraîcheur. Peut-être bien que ces artistes ne se prennent pas encore totalement au sérieux. Sans être absolument bouleversé - j'ai du mal à l'être avec de l'art contemporain - j'ai adoré.
Sun Yuand and Peng Yu, Old Persons Home, 2007
13 life-size sculptures and 13 dynamoelectric wheel chairs
-
The Natural History Museum - 03-01-2009
Je me suis retrouvé dans King's Road, la longue artère chic de Kensington. J'avais pourtant décidé d'éviter l'overdose de magasins. Je n'en peux plus de ces soldes, de ces affiches agressives, de ces foules voraces, de rester debout pour attendre qu'on vous serve, des souffleuses d'air chaud au dessus des portes d'entrées et de la débauche de sacs en papier. Mais mon Israélien m'a traîné là pour trouver une paire de chaussures. Je ne sais pas pourquoi, j'ai vraiment une dent contre ces Français qui n'ont rien fait d'autrement plus terrible que d'être là, en famille. Des familles aisées. Mais toutes les mêmes. Habillés des mêmes coloris d'hiver griffés du brun au bleu jean. Elle, bottée, un manteau avec un peu de fourrure mais pas trop, des lunettes de soleil en plein hiver, jolie - toujours apprêtée, c'est exaspérant - les enfants adolescents trop gâtés à l'air niais, les cheveux mi-longs du grand dadais, la fillette de 13 ans, modèle réduit d'emmerdeuse qui harcèle son père une fois dans le magasin, la poussette dernier cri et le marmot habillé en Calvin Klein, le père, chaussures en daim, montre trop grosse et teint légèrement hâlé des vacances à Courchevel. J'imagine que ce ressentiment vient d'une certaine jalousie, probablement., face à tant de richesse apparente. Et encore, je mange à ma faim, m'habille à mon envie, ne me resreint que peu. Mais qu'est ce que je déteste cette façon de montrer aux autres qu'on a de l'argent..Ce m'as-tu vu. La famille Pue-le-fric est de sortie à South Kensington. Snobinards à l'élégance cheap, dont l'unique qualitée est d'être râflée dans les magasins des marques les plus chères, petits conventionels de grandes capitales, reproductibles en centaines identiques. Gens sans intérêt apparent. Evidemment, j'écris ça pour être un jour convaincu du contraire.
Je me délasse en achetant des cartes postales. Nous étions au Natural History Museum cet après-midi comme d'autres centaines de touristes et de familles. Sympathique musée, largement vieillot avec ses modèles d'animaux en résine et autres modèles taxidermisés, fatigués et jaunis. Les animaux empaillés ont toujours l'air tristes. Ils ont toujours le museau qui s'affaisse en plus de leur oeil de verre larmoyant. Impossible de lire ni de regarder quoi que ce soit avec le monde qu'il y a. C'est finalement assez fatigant. Après avoir fait la galerie des mammifères, des reptiles, des poissons et de la biologie humaine on se dit qu'on reviendra un autre jour. En sortant, j'ai laissé trois livres sterling pour nous deux. Il est normalement conseillé de laisser trois livres par visiteurs. Donner doit permettre de préserver la gratuité des musées. Ca peut paraître paradoxal. Cela dit, en voyant le vacarme de cet après-midi - je me demande bien qui a pu voir quelque chose vu l'état d'affluence et les milliers de bambins- on se demande si un billet à tarif très bas ne serait pas une bonne solution aussi. il faudra que je retourne visiter l'exposition Wildlife Photographer of the Year. Un de mes rêves serait d'être photographe animalier. C'est comme chasser sans fusil.


-
Rothko à la Tate Modern / Les meurtres - 02-01-2009
"[...] a culture of quotation in a context of catastrophe."
Il est vers midi. Je finis de prendre mon petit-déjeuner. En décalé. Je me suis levé tôt pour aller faire les courses le long du métro aérien, au marché de Shepherd's Bush. J'aime cet endroit. On trouve les choses les plus cheaps du monde entier, des films de Bollywood aux boubous imprimés, des sacs chinois, de l'igname et de la banane plantain. J'ai quand même dépensé 35 pounds, entre l'huile de vaseline (pour le verrou) et les boîtes de haricots rouges (pour le chili con carne) de ce soir. Tout ce que je peux dire c'est qu'il y a énormément de Sikhs dans ce marché. Ils doivent tenir un bon tiers des échopes avec leurs moustaches de trois kilomètres et leurs turbans noirs noués sur la tête. Les deux seuls blanc-becs sont les poissonniers. Il y a deux poissonneries dans l'allée du marché. Le problème du marché c'est qu'on y croise aussi pas mal de Français. Et j'aime pas vraiment croiser des Français. Ca me met mal à l'aise, je ne sais pas pourquoi. Ils habitent le quartier ou bien viennent en touristes. Je reconnais que le coin a quelque chose de pittoresque avec les Paki, les Sikhs, les Jamaïcains, les Polonais, les quelques Anglais, les rouleaux de tissus fluos, les étals de hijabs et les baskets chinoises. Tout ça est d'ailleurs assez bien décrit dans les bouquins de Hanif Kureishi que ma grande copine blonde m'a fait découvrir (c'est le roman sur le psychanalyste que j'évoquerai plus bas). Enfin, le marché est à la couleur de Londres: gris. C'est la couleur qu'on obtient en les additionant toutes. Tout le monde a d'ailleurs l'air de cohabiter assez pacifiquement; ces couches sociales de couleurs différentes -noire, jaune, café-au-lait, blanche, sans rentrer dans plus de détails sur les différents phénotypes...-, superposées mais qui sont finalement assez hermétiques l'une à l'autre - voire totalement imperméables. Je crois que le mot anglais "patchwork" est parfait ou, mieux, l'expression "melting pot", pour décrire les gens qu'on croise dans ce marché. On comprend mieux ici qu'à Paris ce qu'est un environnement mélangé. Ce n'est d'ailleurs pas pour rien que c'est une expression anglo-saxonne.
Trou temporel de quelques heures.
Rothko à la Tate Modern. Du monde, du monde. Dans le magnifique espace intérieur, un texte qui explique les oeuvres qui occupent un tiers du volume de la monumentale structure. En 2058, il pleuvra tant que les sculptures urbaines commenceront à croître de manière incontrôlable. Il faudra les abriter pour éviter leur monstrueuse croissance (lire plus bas l'essai de Dominique Gonzalez-Foerster). Là, l'araignée de Louise Bourgeois - "Maman", sa mère, a-t-elle dit - du haut de ses quelque 15 mètres, laisse passer les visiteurs entre ses pattes, suspendant un immonde sac d'oeufs au-dessus de leurs têtes. Une centaine de lits superposés de métal, jaunes et bleus, sont là pour les réfugiés de la pluie. Une vacarme de trombes d'eau est diffusé au milieu d'autres sculptures démesurées. On file vers l'étage de Rothko. Le quatrième. Ce monde est désespérant. Exaspérant. Peu importe, c'est désormais le prix à payer pour voir ces expositions "à succès" des grands musées du monde. Je lisais un papier sur Picasso et les Maîtres au Grand Palais, c'est affreux dirait-on. Toutes les préventes ont été vendues et il faut faire la queue plusieurs heures pour espérer entrer. Je m'interroge sur la possibilité d'apprécier l'expo au milieu de tant de monde. Heureusement, la plupart des oeuvres de Mark Rothko sont des tableaux de grands formats. Exposés un peu trop haut. Je regrette l'accrochage de l'exposition Bacon de la Tate Britain où les oeuvres à ras le sol avaient littéralement le pouvoir de vous aspirer dans leur monde noirâtre, sanguinolent. Là, elles sont exposées un peu trop haut, je sais je l'ai déjà dit (découvrez par vous-même).
Exposition Rothko à la Tate Modern, Room 2
La série réalisée en 1959 pour l'immeuble Seagram de New York est extraordinaire (c'est celle qu'on voit sur l'illustration au dessus). Sur la trentaine de tableaux originellement créés pour le restaurant du Four Seasons, une quinzaine est suspendue, là. Suspendue dans le temps et l'espace, une sorte de gigantesque parenthèse que les visiteurs répandus dans l'immense salle, vautrés sur les quelques bancs et pendus aux écouteurs de leurs audioguides parviennent à peine à troubler. Une peinture qui ne se livre pas au premier regard. Il faudrait l'accompagner d'une sorte de son sourd, lointain, un bourdonnement. Oui, c'est probablement un bourdonnement qui irait le mieux. Un bruit primaire, primal, originel. Une chance qu'Adam de Barnett Newmann soit accroché un étage plus pas, pour comprendre un peu mieux cette histoire de résonance des lignes et des espaces peints. La matière des tableaux, les filaments s'échappant des frontières colorées, la profonde matité des fonds, cette peinture pourrait s'évaporer, ou tomber en poussière, quasiment pulvérulente, et vous emporter avec elle. A sa proximité on se sent tomber, happé, vibrant (c'est fou, on peu mettre un infinitif, un participe passé et un gérondif après "se sentir"). Un homme reste prostré devant un rouge sur fond bourgogne. Je me dis que c'est parfois ridicule, de rester planter là pour voir un carré rouge sur un rectangle bordeaux. Mais après tout. L'exposition n'est pas très grande mais cumule un nombre impressionnant de toiles et d'oeuvres sur papier.
Barnett
Newmann, Adam, 1951-52
London, Tate Modern
La plupart des oeuvres sont des séries sombres, des noirs crayeux et des gris de surfaces lunaires. J'ai l'impression de me retrouver dans le cauchemard de la veille. C'est la deuxième fois que je rêve que je tue quelqu'un avec un couteau ou quelque chose de tranchant. Une fois dans une cuisine, tapi dans l'ombre, j'attendais ma proie, mon geôlier (j'étais retenu dans cette cuisine, attaché au radiateur). Le couteau est allé droit entre la gorge et la clavicule. La seconde fois après une course poursuite où moi-même risquait de me faire tuer. je ne me souviens plus vraiment des détails mais bien de l'issue. Heureusement, je n'ai jamais eu à cacher les corps, à avouer quoi que ce soit, tout ça s'est fait de la façon la plus naturelle. Au prix d'un relatif malaise le lendemain tout de même. Surtout que je ne me souviens pas des rêves au réveil, mais plusieurs heures plus tard, au milieu de la journée. C'est le roman sur la vie d'un psychanalyste londonien qui doit faire remonter tout ça. Peu importe. Rien de bien grave à en croire les nombreux forums d'interprétation des rêves.
Chili con carne.
J'ai faim. Hier, j'ai "démonté" le sapin fâné. Le camion poubelle l'a emporté ce matin, avec tous les autres de la rue. C'est fini. Comme titrent les journaux, la douce période de noël est terminée. La crise est là. J'angoisse un peu, vu que mon secteur est bien touché. J'espère survivre aux prochains mois. Ca devrait normalement être bon.
TH.2058 by Dominique Gonzales-Foerster
OCTOBER 2058 - TATE MODERN - LONDON
It rains incessantly in London ? not a day, not an hour without rain, a deluge that has now lasted for years and changed the way people travel, their clothes, leisure activities, imagination and desires. They dream about infinitely dry deserts.This continual watering has had a strange effect on urban sculptures. As well as erosion and rust, they have started to grow like giant, thirsty tropical plants, to become even more monumental. In order to hold this organic growth in check, it has been decided to store them in the Turbine Hall, surrounded by hundreds of bunks that shelter ? day and night ? refugees from the rain.
A giant screen shows a strange film, which seems to be as much experimental cinema as science fiction. Fragments of Solaris, Fahrenheit 451 and Planet of the Apes are mixed with more abstract sequences such as Johanna Vaude's L'Oeil Sauvage but also images from Chris Marker's La Jetée. Could this possibly be the last film?
On the beds are books saved from the damp and treated to prevent the pages going mouldy and disintegrating. On every bunk there is at least one book, such as JG Ballard's The Drowned World, Jeff Noon's Vurt, Philip K Dick's The Man in the High Castle, but also Jorge Luis Borges's Ficciones and Roberto Bolaño's 2666.
On one of the beds, hidden among the giant sculptures, a lonely radio plays what sounds like distressed 1958 bossa nova. The mass bedding, the books, images, works of art and music produce a strange effect reminiscent of a Jean-Luc Godard film, a culture of quotation in a context of catastrophe.
In the shelter, the prone figures are reminiscent of Henry Moore's 'shelter drawings', while his sculpture for sheep stands next to a giant apple core by Claes Oldenburg and Coosje van Bruggen. Museums have been closed for years because of water seepages and the high level of humidity. In the huge collective shelter that the Turbine Hall has become, a fantastical and heterogeneous montage develops, including sculpture, literature, music, cinema, sleeping figures and drops of rain.
Dominique Gonzalez-Foerster
-
On the Thames path - 29-12-2008
Cet après-midi, le long de la Tamise...







-
Boxing day - 27-12-2008
Dans la folie de Boxing day, les soldes d'après noël, je n'ai rien acheté. Las d'une longue journée de marche dans les rues de West End, à lutter contre les nuées de touristes et d'Anglais repus, remonter les flots à contre-courant et s'arrêter là où l'on peut pour attendre la suite de sa famille, nous terminons le soir au restaurant syrien de mon quartier. Nancy Agram, comme dans tous les restaus arabes populaires, s'égosille une fois passé la double-porte de l'entrée. Il fait froid. Très froid. Le restaurant est plein à craquer. Il faut dire que c'est à peu près le seul du quartier à être ouvert pendant ce pont de noël. Des familles avec des filles voilées, des hommes barbus, des mioches qui courent entre les tables. A la couleur de peau je dirais une famille somalienne ou éthiopienne. Cette belle peau d'ambre me rappelle les Felachas d'Ethiopie qui peuplent les recoins pauvres de l'Etat d'Israël. Ceux-là sont musulmans plutôt que d'être juifs. Il y toujours plus de serveurs qu'il n'en faudrait dans les restaurants arabes. Le patron affairé et obséquieux, parle français. On mange. Des mois que je n'avais pas mangé metabbal, humus et baba ghanouj. Un kebab à la mode aleppine et une knafeh en dessert. Ca me manquait. Beaucoup. Les goûts te ramènent les souvenirs à la figure comme une claque. Les knafeh de Naplouse, ramenés à Jérusalem par ma colocaire lors de ces excursions là-bas. Les plats de humus et d'oignons crus de la boutique de falafel au dessus des épiceries chrétiennes de Sheikh Jarrah. Si je t'oublie jamais, Ô Jérusalem, que ma main droite m'oublie. Mes parents aiment, mon Israélien aussi. Même s'il a toujours la critique facile quand il s'agit de s'assoir dans un restaurant arabe.

Ma belle-mère s'évertue à lui parler en français. Comme elle insistait pour parler en français aux vendeuses de Regent street ; "Elles n'ont qu'à comprendre le français !" ajoutait-elle. Il faut dire qu'elle ne parle presque pas un mot d'anglais. Et lui ne parle que très peu le français (mea culpa). Ce qui donne des situations assez drôles pleines de regards intrigués, étonnés, désemparés, d'appels à l'aide que je traduise. Mais c'est finalement assez agréable. Les deux ont envie de se parler. C'est beau le dialogue des cultures. Ma belle-mère est bavarde ce jour-là, s'interroge sur l'état de fatigue de mon Israélien, la gastronomie israélienne et la température des étés d'Israël. Les deux s'aiment bien, je crois. Le dîner se passe. Nous partons après que Nancy Agram est remplacée par un chant de noël. Qu'est-ce qu'il vient foutre là, ce chant, au restaurant Abu Said ? Il n'y a pas d'alcool dans ce restaurant. Quelle bêtise alors qu'on trouve de l'arak dans tous les bons restaurants de Damas. Ah, les réflexes exagérés des minorités. Comme le zèle des nouveaux convertis. Stupidité. Mais ça, le chant de noël, on se le tape. On rejoint la maison. Mon père traîne la patte. Ma belle-mère, beaucoup plus jeune, aussi. Mon Israélien part travailler. Il est 22 heures et j'ai la nuit pour moi. La nuit pour redécouvrir Shéhérazade de Rimsky-Korsakov. J'ai acheté une douzaine de cédés à mon père mon noël que je me suis empressé de copier. Une aubaine.
L'arbre était plein de cadeaux. Voulant tout bien faire, nous avons acheté, acheté, acheté pour noël. De beaux cadeaux sous notre arbre sec au vert fâné. Je crois que sa montre lui plait. J'ai reçu les plus belles cravates qu'on ne m'ait jamais offertes. On s'embrasse tous comme du bon pain. Le repas a été arrôsé. Une quantité fantasmagorique de bouffe. J'ai l'impression qu'on n'en mange pas la moitié. Et du pinard et du champagne, courageusement rapporté de France par mon père. Et des huîtres que je me tue à ouvrir. Mon Israélien mange sa douzaine, intéressé par le fruit de mer et riant à la vue de cette grosse morve qui se rétracte sous l'effet du jus de citron. C'était ses premières huîtres. Je range, fais la vaisselle. La vaisselle, je l'aurai beaucoup faite ces derniers jours. La dernière fois nous nous engueulions sur les tâches ménagères. Je crois qu'il ne se rend pas compte des quantités de vaisselle que je lave. Peu importe, c'est un couple. Je crois qu'on a passé le test. Je crois que ce couple homosexuel ne pose pas le moindre problème à mes parents. C'est étrange. C'est tant mieux. Je pourrais leur dire qu'il est enceinte qu'ils ne sembleraient pas si surpris.
Il fait froid, j'ai remis le chauffage. Un rayon de soleil pénètre le salon au moment où j'écris. Nous sommes samedi matin J'ai mon écharpe. Je suis seul, là. Il dort après une nuit de travail. J'ai changé Rimsky-Korsakov pour Chopin. J'hésite à m'acheter une paire de mocassins chez Brooks brothers, puisque dans la frénésie d'hier je n'ai rien acheté. Les grandes affiches SALE des magasins m'ont fatigué. J'étais trop occupé à faire le lien entre mon père, ma belle-mère et mon Israélien qui décidaient toujours de passer du temps dans différents magasins. On s'est donc retrouvés plus tard dans un bon restaurant asiatique où l'on fait table commune avec d'autres gens. Un groupe de trois pédés s'installe en face de nous. Ils ne sont pas beaux. Busaba Eathai, je crois. C'est bon. Wardour Street. On rentre. Je suis content que noël soit terminé. J'étais stressé. Que tout se passe bien. Mon Israélien était stressé. Que tout se passe bien. Le voir plus stressé que moi m'énervait. Là, c'est mieux.
-
The Christmas party - 22-12-2008
9h33. Ma grand-mère appelle à 9h33 un dimanche matin. Je ne réponds pas et me rendors. Plus tard, sous la douche, le téléphone sonne. C'est encore elle mais je ne réponds pas. Il fait presque beau ce dimanche. Pas froid du tout. Je sors les cheveux encore mouillés. Cette fois c'est moi qui l'appelle, ma grand-mère. Neuilly-sur-Seine un dimanche midi. Tout est probablement très calme, les quelques familles tradi sortent de la messe avant d'aller déjeuner chez "bompapa et "bonnemaman" qu'on appelle généralement dans d'autres quartiers papy et mamy ou encore pépé et mémé. Moi j'écoute une Gnossienne et je me dis qu'un dimanche passé midi à Neuilly, c'est foireux, suicidaire, triste et définitivement pour les vieux. Les grands marronniers de l'avenue du Chateau sans feuilles. Beurk. Même avec le pâle soleil de décembre. Peu importe. Ma grand-mère semble bien aller. Elle donnera un bloc de fois gras à mon père demain. Il vient lui faire une bise avant noël. Car il ne passe pas noël avec elle mais avec moi. C'est ma cinquième année à l'étranger. La première où mon père et ma belle-mère viennent me voir. Ca mérite un bloc de fois gras. Une bourriche d'huîtres. Une caisse de champagne.
J'appelle donc ma grand-mère sur le chemin du métro. A Hammersmith je prends la Piccadilly line vers Green park. Piccadilly avec deux C et deux L, j'ai bien retenu ça aujourd'hui. Elle me dit que mon frère ne viendra pas pour Noël. Ca sent les vacances même si je n'en prends pas. Là, ça sent le sapin vert fané qui est juste derrière moi quand j'écris. On l'a acheté un peu trop tôt et on a tendance à trop chauffer l'appartement. Le sapin s'est fâné avant noël. C'est triste comme Satie. Ca ne m'a pas empêché d'acheter quelques décorations mauves et dorées pour mettre dessus. A la boutique du Victoria & Albert Museum. Avec mes bras chargés de paquet, là dans l'allée, je rencontre A. Il est un peu plus petit que moi. Toujours souriant, les cheveux rasés, probablement 29 ou 30 ans. A. est un artiste qui peint. Il bosse pour la galerie Saatchi ou avec. Je n'ai jamais vraiment compris ce que A. faisait en fait. Le principal problème est que je ne comprends pas son anglais. Il parle avec un putain d'accent. Il doit rencontrer Pinault bientôt me dit-il. Je crois qu'il me drague. La dernière fois, je l'ai vu dans une salle d'exposition alors que je me promenais avec mon Israélien. On a discuté un peu, évoqué l'exposition Byzantium, parlé James Bond, etc. Mon Israélien m'a fait marré en me décrivant lorsqu'il pense que je drague ou réponds à une drague d'un autre mec. Il dit que je me dandine, que je sais pas où mettre mes mains, que je souris bêtement. A. ce jour-là avait un énorme herpès entre la lèvre et le nez et je ne pense vraiment pas avoir paradé en réponse à ses clignements d'oeil. Bref, mon Israélien a l'oeil pour tout. Il lit dans moi presque comme dans un livre ouvert. C'est affolant. Effrayant. Et laisse peu de place à l'erreur.
J'ai revu A. à la soirée de ma boîte. Une énorme party de 17h30 à minuit, en semaine. Les grandes salles pleines à craquer. Dans le building de ma boîte. Décoration sur le mode graf, street art. Une loterie. Beaucoup de monde, des caisses entières d'alcool. Et rien à manger. Enfin, des petites saucisses grillés et quelques brochettes. J'opte pour le vin blanc en me disant que je garderai le même alcool toute la soirée. Le vin blanc sent fort le pipi de chat. Ca fait d'ailleurs consensus. Un verre, deux, trois. Je vais pisser dans les toilettes pour handicapés, c'est beaucoup plus grand et il n'y a jamais personne. Je retourne vers le monde. On danse. Des collègues éloignés (comme on aurait des parents éloignés) me parlent mais je ne comprends pas bien, avec tout ce bruit. J., le mec du département Argenterie me touche la cravate. Je l'aime bien avec sa barbe. Bref. Je crois que j'ai vomi une fois dans les toilettes pour handicapés. Je retourne danser. Là, je dis à ma collègue qu'elle est trop grande pour danser. Une autre arrive de sa pause clope. L'odeur du tabac me redonne la nausée. Je quitte la salle. Je rentre et vomis à la maison. Le nuit est mauvaise, le lendemain terrible. Je vomis au réveil mais décide d'aller bosser. En costume, je dois m'arrêter derrière un camion garé dans Green Park, à l'heure où tout le monde emprunte les raccourcis du parc pour aller bosser. En costard et trench noir, accroupi dans un caniveau. Quelle image. Les ouvriers du chantier d'à côté me voient. Je me relève comme si de rien n'était. Je fais une heure au boulot et rentre me coucher. Je ne me souviens que vaguement de la soirée. Heureusement, j'ai su garder une apparence tout a fait correcte m'a-t-on dit. J'ai même réussi à partager ma vision du mariage avec deux amis (qu'ai-je donc bien pu dire). Le beau et petit mec du studio de photo m'a fait une démonstration de break dance rien que pour moi, le métis francophone du département House sales m'a fait du gringue tout le début de soirée, etc. Il y a beaucoup de pédés dans cette boîte. Qui s'en plaindrait ?
Mon Israélien n'est pas content car on ne sort pas assez. Ce sont les confidences sur l'oreiller d'il y a deux jours. C'est vrai qu'on ne sort que très rarement. Je me dis que c'est l'hiver. Mais il faut dire qu'on ne connait pas grand monde. Puis j'ai pas vraiment envie de faire ami ami avec les collègues. Qu'est-ce qu'il reste ? Le club de sport ? Les tchats gay ? Les amis d'amis ? Bref.... Ca a l'air de le tracasser cette situation. Il trouve que je m'encroûte. J'avoue que je suis de mieux en mieux avec un bon bouquin au pieux à 23h30. Les grandes villes font peut-être vieillir à vitesse grand V ? Ou alors sont-ce les couples ? Ou bien tout simplement le travail ? Et la paresse ? Vivement le printemps... Et que la livre sterling remonte !
-
Le psautier Khludov - 17-12-2008
Dans le métro, samedi. L'overground. De l'air. Je n'aperçois qu'une succession parallèle de toits noirs et luisants. Il pleut. Le train passe la BBC et ses paraboles géantes avant de s'engouffrer dans les tunnels. Comme on est samedi le train s'arrête à Edgware Road et ne continue pas plus loin. Il faut changer de ligne pour arriver à Saint Pancrass où je dois rejoindre une amie qui arrive de Paris. Il fait froid à me geler les doigts. Tous les passagers descendent péniblement du train une fois atteint le terminus anticipé. Certains ont des grosses valises qui roulent. Couleurs extravagantes dans le monde morne de la Hammersmith & City line. L'I pod me lâche. Le salaud. Me laisser dans cet endroit lugubre sans musique. J'ai acheté un trio pour piano de Shubert, le plus connu, celui avec les simples petites notes de piano au début et le trille. J'arrive donc à la gare, croyant être en retard. Mais je suis en avance de quelques minutes. Il est 15h47. Environ. Et je regarde les gens sortir. Il y a beaucoup de Français, vu que c'est l'Eurostar. Plus ou moins bobo-isés, city-sés, beauf-isés, etc. Bref, une foule de gens différents. Je regarde un couple d'hétéros qui s'embrasse. Je regarde un amoureux bodybuildé retrouver son amoureux moins bodybuildé. Ils s'embrassent comme s'ils ne s'étaient pas vus depuis des plombes. La Manche, c'est chiant parfois. Et ça passe, et ça passe, des moches, des beaux, je baille, regarde, pense. La voilà qui arrive, ma grande blonde d'Egypte. On s'en va. Il pleut des cordes. Encore. Pot, achats, bière, restau, bière, The Village, encore. On découvre l'arrière salle du bar gay. Sympathique. Au moins, je ne me fais pas draguer par un homme âgé cette fois. Ma grand blonde doit leur faire peur. Mais c'est pas les regards qui manquent. On boit, on boit, on boit. Puis on a chaud. On part pour échapper à la chaleur de l'endroit. Ils ont probablement augmenté la température pour pousser à consommer. Il pleut, encore. Métro.
Le lendemain. Royal Academy of Arts. J'ai des places gratuites pour mon Israélien et ma blonde d'Egypte. Ma boite est membre de l'institution, ou du genre, donc je rentre gratis. Byzantium. Une suite de trésors. Principalement le trésor de la basilitique Saint-Marc de Venise. D'importants panneaux d'ivoire, des bijoux, des icones, en fait tous les ors de Byzance. C'est un délice pour les yeux, un calvaire pour ceux qui cherchent un minimum d'explication. Il n'y a rien. Rien et le psaultier Khludov; là, dans une petite vitrine. Le petit manuscript sur parchemin que seuls connaissent ceux qui n'avaient rien d'autres à faire qu'étudier de l'art byzantin. Dans les marges, il y a iconoclaste effaçant à la chaux une icone du Christ. Délicate miniature qui raconte son temps. La peste, les famines, les attaques arabes du VIII ème siècle avaient poussé les gens vers les croyances excessives, les images acheropoïetes et les autres hérésies. Réactions iconoclastes et lutte des iconodules, un mot que je n'aurais entendu que sur les bancs de l'Ecole du Louvre. Les iconodules. Le culte des images est enfin rétabli au IXème siècle.
Là, plus loin, les panneaux de bois de la Mu'allaqa, la fameuse église suspendue du Caire copte, merveilles de l'art du bois mamlouke. Une nativité gravée dans le bois montre le petit Christ dans l'étable qu'observent benoîtement l'âne et le boeuf. Enfin les icônes de Sainte-Catherine-du-Sinaï. The heavenly ladder et ses trente degrés pour parvenir au Paradis. Vingt-trois pour vaincre les vices et sept pour acquérir les vertus. Cette exposition est une véritable déléctation pour les yeux et la tête. A voir après quelques années d'études d'histoire de l'art. 12 livres sterling pour ne pas avoir d'explications, c'est nul ! Comme je le disais, je n'ai pas payé.
Hier, diner chez mon boss, le chef de mon département. Un Anglais on ne peut plus anglais. Marié à une très jolie Américano-allemande nationalisée britannique. Deux charmants enfants, l'un aux boucles blondes, finissant doucement son adolescence, l'autre aux boucles rousses, une fille de 18 ans. De beaux gamins. L'intérieur n'est pas d'un goût aussi raffiné qu'on pourrait le penser pour le genre d'homme qu'il est - mais après tout il est Anglais - mais chaleureux. Il y a une peinture d'un immeuble en feu au dessus de la cheminée. C'est étrange, sans doute prophylactique. J'apprends que c'est une peinture de la grand-mère. Un peu "médiéval" le décor, comme dira ma collègue française. Flambeaux aux murs avec bougies, encoignures, meubles de bois sombre et peintures bleu profond dans la salle à manger. On mange - et c'est bon, une soupe de maïs betterave et un carry de crevettes -, on boit du vin français, fromage français, on parle de tout et de rien. Enfin, du boulot aussi. La crise, les restructurations. Mon boss essaye de nous rassurer. Nous sommes vus comme un département à forte croissance potentielle. On devrait éviter les licenciements. Ca tombe bien, mon poste a été créé pour moi et j'ai pas envie qu'on se passe de mois. Demain, c'est la soirée de noël de la boite. Première partie de soirée culs serrés, deuxième partie de soirée beuverie et sauterie. A ce qu'on dit. On verra bien.

Page du psautier Khludov, milieu du IXème siècle, Moscou
-
Un après-midi à Richmond upon Thames - 07-12-2008
Les rives noires de la Tamise. Sur le pont de Putney le vent souffle à décorner les boeufs. Il doit être minuit. Le vin rouge qu'on a bu chez Idit et Jean nous fait oublier le froid perçant. L'arrêt de bus est perdu au milieu du pont. C'est assez étrange d'avoir un arrêt de bus sur un pont. La Tamise est large à cet endroit, les berges sont découvertes, des bois morts, de la boue, un vieux ponton. Des mouettes dorment qu'on distingue dans la pénombre. Il fait noir. Deux latinos montent dans un premier bus. Le notre ne vient pas. Je commence à perdre mes extrémités mais assez joyeusement. Ca vivifie, un bon air frais. Il doit faire près de zéro. Les mouettes n'ont pas l'air d'avoir froid. Mais je serais bien en peine de reconnaitre une mouette qui a froid. Lugubre. C'est le mot que m'inspire Londres le soir. Londres est souvent lugubre en hiver. Et nous sommes qu'en automne. L'autre soir, près de Saint-Paul, ces grands bâtiments sombres et la pluie diffractée par la lumière jaune des lampadaires. Affreux. Comme dans mes souvenirs des bouquins de Dickens et de Princesse Sarah. Le 271 arrive. A temps pour que je ne meurs pas sur place, gelé, tué par d'autres latinos, ou parce que j'aurais sauté rejoindre les mouettes. Le bus file et nous dépose à Hammersmith. Il doit êttre minuit et demie. Je découvre là une faune qu'il n'y a pas de jour.

La station de métro de Hammersmith est toujours pleine de monde en journée, travailleurs en tous genres, jeunes et moins jeunes, gens bien habillés, classe moyenne, foule colorée, affairée et pressée qui ne s'arrête jamais plus de cinq minutes dans les boutiques de la station. Là, ce soir-là, les gens sont statiques. Des avinés qui s'engueulent, d'autres qui se regardent sans bouger. Les gens marchent plutôt lentement, hurlant ou la tête baissée. Clodos du tunnel qui passe sous la route, rendez-vous de jeunes gamins dont la coupe de cheveux m'effraie - oui je suis un vieux con - les bouteilles d'alcool vides qui roulent par terre. La station la nuit est effroyable. Un repaire de saoulards. Londres m'a tout l'air de boire beaucoup. Un verre de vodka. Je veux un verre de vodka.

Vodka. Voilà des mois que je ne bois plus comme avant. Avant, c'était avant l'été, c'était ces deux dernières années. Deux années principalement à m'interroger sur l'ir-résolubilité du problème d'Israël et de la Palestine puis rapidement à oublier gentiment de m'interroger dans des successions de fêtes et de soirées dans les bars. Je n'ai jamais autant vomi ces deux années-là que dans toutes celles qui les ont précédées. Mais n'exagérons-rien, je ne me vidais pas les tripes toutes les semaines non plus. Mais je buvais beaucoup et c'était bien. Je fumais plus d'un paquet par jour. Avant d'arrêter. Voilà un an et des poussières. Je ne bois plus, je ne fume plus. Qu'est ce que je deviens ? Un vieux con qui pense à la table basse qu'il va acheter et part se promener à Richmond sur la Tamise un samedi après-midi. Ca aurait pu être pire, ça aurait pu être un dimanche après-midi. Richmond était charmant. J'y étais déjà passé déposé notre aiguière à trois millions de livres chez le collectioneur qui l'a acheté. Delivery boy de luxe en taxi sécurisé avec trois millions de livres sterling dans un grand sac plastique. Accueilli par un magnifique héritier, père de famille au sourire ravageur. Oh oui, montre-moi ta collection.

Richmond semble être principalement peuplé de vieux. De vieux qui roulent en jaguar. Vous voyez le genre. Petites maisons délicieuses, jardins d'hiver, pubs nickelés et rond-points fleuris. On voulait s'arrêter dans une foire d'artisanat local. On rebrousse chemin en voyant la clientèle de vieilles rombières assaillant les stands. Un artisanat de mauvais goût pour quinquagenaires désoeuvrés. Porcelaines m'as-tu-vu et nappes brodées par l'Amicale des mamies bridgeuses. On recule devant l'agression visuelle. On passe la route. Voila les vertes prairies du parc de l'observatoire royal et ses bons pères de famille en chaussettes hautes courant après les ballons. Ronds, ovales, il y a de tout. Même un golf. Ils sont trop loin pour voir s'il y en a de beaux. Les avions n'arrêtent pas de passer. Gros porteurs ou plus gros porteurs, il y en a toutes les deux minutes. C'est parfois ennuyeux.

La Tamise apparait, des bateaux amarés, des poules d'eau, un pont-écluse et des arbres nus. Une fille passe en courant, au corps d'homme. Un gros renard orange fait fuir des mouettes sur l'autre rive. Le club d'aviron a déployé son armada qu'un floppée de jeunes Anglais bon chic s'évertue à faire remonter le courant. Là, un chateau bien carré au parc ras, là bas, déjà après une heure et demie de promenade, les premières barres de Londres. Kew gardens, je t'aime. C'est vert et frais. Les écureuils, un mari espagnol avec qui j'aurais bien pu m'absenter pour lui compter fleurette, mon Israélien qui n'arrête pas de parler du renard qu'on a vu. Nous voilà au train. Ah, Richmond. Il faidait un peu froid en rentrant. Il veut acheter un sapin. Moi, pas tellement. Un Nordman qui ne perd pas ses épines ? C'est qu'il faut acheter les boules ensuite. La vodka me fatigue, on verra demain.

-
Les saucisses polonaises - 30-11-2008
Un bol de betterave rouge. Des plombes que j'avais pas mangé de betterave. J'ai mangé seul ce soir. L. qui était venue passé quelques jours est repartie ce matin et mon Israélien avait un shift en soirée. Riz aux courgettes, saucisses polonaises et salade de betterave. J'ai beaucoup d'affection pour les saucisses polonaises. Sans arrières pensées. Peut-on avoir de l'affection pour une chose ? Il faudrait regarder la définition d'affection pour vraiment savoir. Quoi qu'il en soit, j'ai découvert ces saucisses polonaises qui semblent passer des jours sans fin dans les vitrines réfrigérées de l'épicerie polonaise d'Uxbridge road. Dans cette épicerie qui sent l'ail et la saumure, les gens ne parlent pas anglais mais polonais. Quand je pose une question on ne me comprend pas et quand on me répond c'est moi qui ne comprends pas. Ce que je sais de l'épicerie polonaise c'est que c'est aussi beaucoup moins cher qu'au Tesco. J'y achète aussi ces petits poissons roulés dans de l'huile et des oignons. Mon Israélien ne les aime pas du tout. Comme il n'aime pas les saucisses polonaises. Il faut dire qu'elles ont la peau dure. Beaucoup plus dure que nos chipolatas ou même les merguez. Mais, pour revenir aux poissons, ils sont délicieux sur du pain grillé, l'huile parfumé dégoulinant sur les doigts qu'on se brule au contact de la tartine chaude. La prochaine fois j'achèterai quelque chose qui ressemble à du hareng.
House of Fraser (?) sur Oxford
street
Je ne sais pas vraiment d'où vient cet intéret pour la Pologne, là. J'ai été beaucoup touché par les descriptions de l'Est qu'on trouve dans les Bienveillantes ou bien dans le Juif errant est arrivé. Ces villes pauvres qui sentent l'ail et l'oignon, où l'on boit de la vodka tous prêts du poële, où la boue colle aux bottes et les gamins sont crottés, les hivers froids et puis plus tard les barres staliniennes mais les foulards colorés de babas fatiguées. C'est mon orientalisme. Je n'ai jamais passé le Rhin. J'ai même toujours détesté les pays de l'Est mais là je change. Complètement. J'avais commencé à repenser tout ça quand mon copain Nicolas m'avait raconté son voyage en Pologne il y a quelques années. Sa copine a de la famille en Pologne. Les lacs, la vodka, les chevaux dans les sous-bois, les belles villes au mois d'août, etc. Bref. J'irai. Et plus loin l'Ukraine et Jytomyr, la Russie. Une partie de ma famille est russophone, d'origine ukrainienne. Comment puis-je bouder mon oncle, professeur à la Sorbonne et ses Proverbes en Russie au XVIIIème siècle ? Enfin, il faut dire que les rapports ont toujours été un peu tendus dans la famille. Je n'ai jamais vraiment compris pour quoi. Les grands-parents intransigeants, l'éducation sévère, la mort de ma mère, les années qui passent, puis rien. Après tout, pourquoi s'appeler ? Pas pour parler Russie. Il a pourtant une barbe d'orthodoxe, mon oncle. Pianiste à la voix douce comme sa femme. Je me souviens du demi-queue de Nancy. Jamais je n'oublierai leurs voix. Je vais leur écrire. Ils habitent probablement la même adresse, à Nancy. Ce sont des gens d'études. Ma tante est traductrice. Pas des gens à avoir la bougeotte et le feu au cul. Des gens de réflexion. Ils ont sans doute réfléchi un peu trop pour qu'on ne s'appelle plus. C'est dommage. J'écrirai.
Hyde park
Spitalfields market, un samedi après-midi
Ma chaise en bois fait mal au cul. Hier nous étions à Spitalfields. Froid de canard et pluie pénétrante. On s'engueule un peu sur le restau où s'arreter manger. Manque de pot, le marché est plutôt le dimanche. Hier nous étions samedi: du coup, tout est vide. Ou presque. Il fait mine de rentrer prendre le métro parce que je lui dis que je ne veux pas m'assoir deux heures dans un restau et perdre les quelques minutes de jours qu'il reste. Je n'ai jamais vu un pays où la nuit tombe si tôt. Avant quatre heures. Et il reste trois semaines avant de toucher le fond. Ce sempiternel 21 décembre. Le marché me déçoit, les chaises aussi. Mille livres sterling pour quatre chaises ça me fait encore plus mal au cul que ma chaise en bois. Saint-Paul sous la même pluie froide et pénétrante. L'office et l'interdiction de prendre les photos. J'étais agréablement surpris. Je m'attendais à du grandiloquent, j'ai vu du grand. Cette Angleterre est décidément bien surprenante. Un choeur chante, debout dans les stalles, là, dans le choeur qui porte bien son nom. Quelques centaines de fidèles sont réunis. J'aime les plafonds à caissons. On ne peut pas accéder au choeur et au transept, bloqués pour la messe. Nous filons.
Hyde park
Le bus. Regent street. Je dépense 70 livres sterling chez Habitat, poussé par mon Israélien. En choses pour la salle de bain et en torchons. Pourquoi pas. C'est de l'argent gaspillé mais c'est joli. On pourra poser les pieds sur un bon gros tapis molletoné en sortant de la douche. Mais le tube de dentifrice ne rentre même pas dans le pot spécial parce que le trou est trop étroit. Heureusement, nos deux brosses à dent, elles, rentrent dans les deux petits trous du pot. La soirée est un peu électrique. J'ai mis le doigt sur quelque chose. On m'a fait mettre le doigt sur quelque chose. Mon Israélien est, de temps en temps, de mauvaise foi. Et hier soir c'était flagrant. En y repensant, ça me fait rire. Aujourd'hui était un charmant dimanche. Le dernier de novembre. Quelques arbres font de la résistance mais les autres ont rendu les armes, gris et noirs devant la fenêtre. J'avais perdu les arbres d'hiver après "mes années au Moyen-Orient". Quatre ans c'est beaucoup mais c'est pas tant que ça. Parfois j'ai envie de Paris. Parfois j'ai envie des parisiens. Je me dis que, tôt ou tard, je finirai par m'y installer. Le week-end dernier, j'étais à Paris. J'ai revu des amis de Jérusalem et d'autres amis. C'était simple et bien. J'ai acheté des opéras de Puccini. La Bohème, Tosca, Turandot que j'avais déjà mais c'est parce que là ça venait dans un même coffret, Manon Lescaut, Mme Butterfly que j'avais vu à l'opéra du Caire, là où le ciel s'était effondré sur la scène. Ca fait presque pleurer parfois l'opéra. Pas tout à fait comme dans Pretty woman, mais presque.
Saint Paul
-
La coupure - 16-11-2008
Petit exercice d'ecriture sans accent. Coupe d'internet depuis plusieurs jours. Je ne peux meme pas consulter mes e-mails au boulot. Les regles de ce genre de boite a profit sont strictes: pas de perte de temps sur l'Internet. De toute facon, ils observent meme les sites autorises sur lesquels nous allons. Un employe qui avait l'habitude de travailler dans les reserves, au sous-sol, donc dans un environnement pas forcement sympathique, se connectait sur le site internet de la BBC pour, au moins, avoir la radio dans son bureau souterrain. Il a fallu que les administrateurs du reseau de ma boite aille le questionner sur la raison d'un si long temps passe sur un site qui n'avait rien a voir avec le marche de l'art. Heureusement, ils ont pas pu lui interdire la radio. Bref. Coupe du monde. Je suis oblige de payer mon heure de connexion dans un cafe internet de Soho qui shlingue litteralement le pied qui transpire. Espace exigu, chaises bancales, tenancier adipeu affale sur son fauteuil, clavier ou les lettres des touches ont presque disparues. J'ai l'impression d'etre au Moyen-Orient.
En prenant le metro, deux peres et quatre enfants. Un des papas etait probablement le plus bel Anglais que j'ai vu jusque la. C'etait l'attraction dans le wagon. Chacun des jolis marmots occupait un siege alors que le metro etait plutot rempli, et le plus beau des papas s'occupait a les distraire. Ca donnait envie d'avoir des enfants pour craner comme lui. C'etait clair qu'il prenait un certain plaisir a se donner en spectacle. Puis beau comme il etait, il avait raison. Les regards de toutes les femmes envieuses d'un apparent si bon parti etaient droles. Les hommes des quelques couples autour de la scene ne savaient plus vraiment ou se mettre. On aimerait effectivement avoir le meme a la maison. Vive les enfants.
Week-end prochain, passage eclair a Paris.

